Grève de la faim et bioéthique

La question de savoir si un condamné, qui conteste sa peine en faisant la grève de la faim, peut être alimenté de force fait actuellement débat en Suisse.

Sans entrer dans les détails d’une lamentable affaire de chanvrier condamné, on assiste à un échange d’arguments aussi malheureux qu’à mon avis déplacés dans une situation aussi gravissime que celle d’une personne en danger de mort.

S’opposent ainsi d’une part les autorités judiciaires qui, par la voix du Tribunal fédéral – autorité judiciaire suprême de notre pays – ont ordonné que toutes les mesures soient prises pour éviter que le chanvrier condamné ne meurt et, d’autre part, les autorités médicales qui, faisant état de leurs règles déontologiques, soutiennent qu’ils ne peuvent intervenir contre la volonté du gréviste et donc l’alimenter de force.

Il me paraît regrettable que le débat demeure aussi corporatiste (justice contre médecine).

La dimension humaine de la biomédecine impose une approche qui ne soit ni simplement scientifique, ni purement juridique, mais nourrie d’humanité.

La valeur en jeu dans ce débat est une valeur fondamentale et absolue, la vie. L’inviolabilité de la vie humaine s’impose. Le droit à la vie est inscrit dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme proclamée par l’Assemblée des Nations Unies le 10 décembre 1948.

Le principe du soutien à la vie est une valeur préalable et supérieure à la liberté.

Pour être libre et exprimer son autonomie il faut être vivant et, par conséquent, la vie est la condition indispensable pour tous à l’exercice de la liberté.

Sur le plan bioéthique il en découle que le droit à la sauvegarde de la vie se place au premier rang devant le droit à la liberté.

En réalité nous assistons depuis plusieurs décennies à un conflit profond, un conflit de valeurs dans notre société pluraliste, à la recherche de valeurs plus ou moins opportunes en fonction du but qui souhaite être atteint.

Le débat sous-jacent à celui qui oppose actuellement nos autorités judiciaires et médicales est en fait celui du prétendu « droit de mourir ».

Les Directives de l’Académie suisse des sciences médicales de 2005 sur l’autodétermination qui précisent que « le refus d’un patient capable de discernement d’être traité ou pris en charge doit être respecté » s’appliquent au patient, donc au malade.

Or, mourir de faim, ce n’est pas mourir de maladie.

La position du corps médical me paraît donc critiquable sur ce point, mais peu importe.

Choisir de mourir de faim, c’est choisir de mettre fin à sa vie. S’il est exact que dans le cas particulier l’attitude du chanvrier peut être qualifiée d’irresponsable dès lors que celui-ci n’assume pas les actes qu’il a commis, il n’en demeure pas moins que face à un tel choix, tout individu se doit d’agir pour sauvegarder la vie d’autrui.

Un homme se noie devant vous après s’être délibérément jeté à l’eau, le réflexe de tout être humain, à l’exception on le sait désormais de certains médecins, sera de tenter de le sauver.

Triste constat et triste débat !

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  1. Aux termes d’un article paru le 11 janvier 2011 dans le quotidien suisse Le Temps en page 8, le chanvrier en question aurait quitté l’hôpital le 10 janvier 2011 après une grève de la faim de cent jours. Il serait désormais incarcéré et déclaré selon les médecins « sans séquelle ». Depuis le 24 décembre 2010, ce condamné à 5 ans et huit mois de prison s’alimenterait à nouveau. Bonne nouvelle, il aurait repris 14 kilos.

    Me Marcel Bersier

    11 jan 11 at 14:52

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A Propos de l'Auteur

Me Marcel Bersier

Avocat au Barreau de Genève
Maître Marcel Bersier est né à Genève où, après sa licence en droit (université de Genève 1979), il a obtenu le brevet d'avocat en avril 1982. Il pratique le barreau en qualité d'avocat indépendant depuis 1993. Me Bersier est le premier avocat suisse à avoir obtenu le titre de licencié en bioéthique auprès de la faculté de bioéthique de l'université vaticane Ateneo Pontificio Apostolorum à Rome. Me Bersier est membre de l'Ordre des Avocats de Genève, de la Fédération suisse des avocats, ainsi que de nombreuses associations nationales et internationales actives en droit fiscal, droit des affaires, etc. Il a participé à plusieurs panels en qualité de conférencier en Suisse et à l'étranger. Ses principaux domaines d'activité sont le droit fiscal, le droit commercial, le droit des sociétés, le droit des contrats, le droit successoral, le droit immobilier, le droit du travail et la bioéthique. Me Bersier est l'auteur de diverses publications dans le domaine du droit du travail et est directeur de publication d'un Guide pratique du droit du travail auprès d'une maison d'édition dont le siège est à Zürich. En savoir plus →
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A Propos de l'Article

Publié le 16/11/2010 (il y a 7 années)

Catégories:
Etude Bersier, Avocats Genève

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