Origine et définition de la bioéthique

L’apparition du terme « bioéthique » dans la littérature remonte à 1970. Dans un article intitulé « Bioethics : the science of survival » paru dans la revue Perspectives in Biology and Medecine, l’oncologue Van Resselaer Potter introduit ce mot qui combine la connaissance biologique avec la connaissance du système des valeurs humaines.

J’ai choisi, écrit-il, la racine bio pour représenter la connaissance biologique, la science des systèmes des vivants; et ethics pour représenter la connaissance du système des valeurs humaines. Pour lui, la bioéthique était avant tout la science de la survie. Du fait de la rupture entre les domaines du savoir scientifique et du savoir humaniste, l’humanité et sa survie sont en danger. Il est donc absolument nécessaire selon cet auteur que soit constitué un pont entre les deux cultures : la culture scientifique et la culture humanistico-morale. Il développera sa théorie sur cette nouvelle discipline dans un ouvrage publié en 1971 « Bioethics : bridge to the future ».

Pour Potter la bioéthique prend donc son origine dans une situation d’alarme et découle d’une préoccupation critique face au progrès de la science et de la société.

Il serait toutefois inexact de considérer Potter comme le père de la bioéthique. En effet dans les années septante,l’obstétricien d’origine hollandaise, André Hellegers a quant à lui introduit le terme bioéthique dans le monde universitaire en structurant académiquement cette discipline et en l’insérant dans le champ des sciences biomédicales, de la politique et des mass média. Cette discipline est alors considérée comme capable de synthétiser les connaissances médicales et les connaissances éthiques. Le terme bioéthique devient ainsi mieux approprié que celui de morale médicale.

Il faut également citer le philosophe Daniel Gallhan et le psychiatre Willard Gaylin qui ont créé le Hasting Center aux Etats-Unis en 1969 déjà dans le but d’étudier et de formuler des normes surtout dans le champ de la recherche et de l’expérimentation en milieu biomédical. Il faut retenir que l’expérimentation avait donné lieu à certains abus aux USA. Ainsi en 1963, certains patients âgés du Jewish Chronic Disease Hospital de Brooklin s’étaient vus injecter des cellules tumorales, sans leur consentement. Entre 1965 et 1971, des études sur l’immunisation contre l’hépatite virale ont été effectuées sur des enfants handicapés hospitalisés à New York.

La bioéthique se définit aujourd’hui comme l’étude systématique des dimensions morales des sciences de la vie et des soins de santé, avec l’utilisation d’une variété de méthodologies éthiques dans une formulation interdisciplinaire ( W.R. Reich Encyclopedia of Bioethics 1995).

Son but est donc de faire une analyse rationnelle des problèmes moraux liés à la biomédecine et de leurs liens avec les champs du droit et des sciences humaines en vue d’élaborer des lignes éthiques fondées sur les valeurs de la personnes et sur les droits de l’homme. Il en découle bien évidemment que les modèles bioéthiques vont dépendre de certaines approches ou concepts philosophiques sur lesquels il sera intéressant de revenir probablement dans un prochain article.

Ceci exposé, la compétence de la bioéthique est reconnue dans quatre domaines :

1- les problèmes éthique de la profession de la santé;

2- les problèmes éthiques découlant des recherches sur l’homme;

3.- les problèmes sociaux et politiques de la santé;

4.- les problèmes liés à l’intervention sur la vie des autres êtres vivants et à l’équilibre de l’écosystème.

On distingue désormais trois parties dans la bioéthique :

la bioéthique générale qui définit une philosophie morale;

la bioéthique spéciale qui analyse les problèmes généraux ( recherches, expérimentation, transplantation, euthanasie, suicide assisté, clonage, etc.);

la bioéthique clinique qui examine les cas cliniques, les cas concrets posés aux praticiens.

En bref, la bioéthique examine rationnellement, à partir du donné scientifique, biologique et médical, la licéité d’une intervention de l’homme sur l’homme.

Cette réflexion exige une approche interdisciplinaire et indépendante, principaux défis des comités d’éthique.

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A Propos de l'Auteur

Me Marcel Bersier

Avocat au Barreau de Genève
Maître Marcel Bersier est né à Genève où, après sa licence en droit (université de Genève 1979), il a obtenu le brevet d'avocat en avril 1982. Il pratique le barreau en qualité d'avocat indépendant depuis 1993. Me Bersier est le premier avocat suisse à avoir obtenu le titre de licencié en bioéthique auprès de la faculté de bioéthique de l'université vaticane Ateneo Pontificio Apostolorum à Rome. Me Bersier est membre de l'Ordre des Avocats de Genève, de la Fédération suisse des avocats, ainsi que de nombreuses associations nationales et internationales actives en droit fiscal, droit des affaires, etc. Il a participé à plusieurs panels en qualité de conférencier en Suisse et à l'étranger. Ses principaux domaines d'activité sont le droit fiscal, le droit commercial, le droit des sociétés, le droit des contrats, le droit successoral, le droit immobilier, le droit du travail et la bioéthique. Me Bersier est l'auteur de diverses publications dans le domaine du droit du travail et est directeur de publication d'un Guide pratique du droit du travail auprès d'une maison d'édition dont le siège est à Zürich. En savoir plus →
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Publié le 06/09/2010 (il y a 7 années)

Catégories:
Etude Bersier, Avocats Genève

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