Pourquoi le Vatican est-il opposé à la fécondation in vitro ?

Nombreux sont ceux qui aujourd’hui ne comprennent pas ou plus la position du Vatican au sujet de la procréation assistée, notamment.

Il m’est donc apparu intéressant de rappeler la morale catholique sur le sujet, laquelle est à la base des principes du personnalisme ontologiquement fondé adopté par les Académies pontificales.

La doctrine du Magistère catholique suit une ligne de continuité à ce propos dont les fondements principaux sont rappelés dans l’Instruction Donum Vitae et plus récemment par celle intitulée Dignitas Personae.

Cette dernière Instruction confirme ainsi que l’embryon possède dès sa conception la dignité propre de la personne :  « De fait, la réalité de l’être humain, tout au long de son existence, avant et après sa naissance, ne permet d’affirmer ni un changement de nature ni une gradation de la valeur morale, car il possède une pleine qualification anthropologique et éthique. » Elle ajoute : « Le fruit de la génération humaine dès le premier instant de son existence, c’est-à-dire à partir de la constitution du zygote, exige le respect inconditionnel moralement dû à l’être humain dans sa totalité corporelle et spirituelle. » C’est sur cette conviction que l’Eglise catholique fonde ses positions sur le droit à la vie, notamment sur les questions de l’avortement et de la fécondation artificielle.

S’agissant de la sexualité, le Magistère retient qu’elle est inscrite dans l’être humain, elle est inhérente à la nature humaine mais elle ne saurait l’exprimer totalement.  Pour la morale catholique la personne est plus importante que son corps et le corps est plus important que son sexe.

En matière de procréation, il existe pour les personnalistes trois valeurs fondamentales qui sont : 1) le droit à la vie; 2) l’unité du mariage; 3) les valeurs spécifiquement humaines de l’acte de procréation, à savoir notamment : la liaison entre la dimension unitive et la dimension procréatrice dans l’exercice de l’acte conjugal, la responsabilité procréatrice que les conjoints assument ensemble.

En matière de fécondation in vitro, la première valeur, soit le droit à la vie, ne peut pas être respectée selon le Vatican dès lors qu’il est constant que ce type de fécondation implique une destruction délibérée d’embryons. Ces derniers devant être respectés en tant que personne à partir de la constitution du zygote, la destruction des embryons est assimilée à la destruction d’autant de vies innocentes. La morale catholique considère que la fin ne peut jamais justifier les moyens. Il est donc inconcevable que, même dans le but louable de permettre à des parents stériles d’avoir un enfant, ceux-ci puissent y parvenir en détruisant d’autres vies. Sur le sujet, la vision du personnalisme ontologiquement fondé précise également que l’utilisation des embryons n’est pas tolérable; elle souligne les effets pervers que la technique de la fécondation in vitro peut engendrer (sélection génique ou eugénisme, enfant parfait, choix du sexe etc.)

La seconde valeur, soit l’unité du mariage, n’est pas respectée non plus selon l’Eglise catholique romaine en cas de fécondation in vitro hétérologue (recours aux gamètes de tiers). La fidélité des époux, dans l’unité du mariage, comporte en effet selon la morale catholique le respect réciproque de leur droit à devenir père et mère à travers l’autre. Cette technique viole la vocation propre des parents et le droit de l’enfant à être conçu et mis au monde dans et par le mariage puisqu’il y a recours à des tiers. Ce recours peut par ailleurs poser des problèmes psychologiques à l’enfant, voire aux parents biologiques ou juridiques, voire encore aux familles.

La troisième valeur liée à la portée des relations sexuelles et la responsabilité procréatrice des couples est celle qui fait l’objet du plus d’incompréhension. Pour la morale catholique, la responsabilisation d’un couple passe par la réalisation du fait que l’acte conjugal n’est pas un acte instinctif mais bien un don réciproque d’amour dont la dimension relationnelle est essentielle. Le fait que la sexualité ne s’exprime pas nécessairement ni toujours dans l’exercice de la génitalité ne signifie pas que cet exercice n’engage pas toute la sexualité et en conséquence toute la personne. La personne est unitotale, corps et esprit, et là, il est vrai que cela devient plus théologique.

Dans l’espoir que les brèves considérations qui précèdent permettront aux lecteurs de cet article de mieux percevoir les motifs et le raisonnement de l’Eglise catholique dans le domaine de la fécondation in vitro hétérologue, j’invite celui ou celle intéressé(e) par cet aspect religieux ou philosophique de la question à lire l’Instruction Dignitas Vitae, publiée en 2009, consultable sur le site du Vatican.

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1 commentaire to 'Pourquoi le Vatican est-il opposé à la fécondation in vitro ?'

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  1. Bonjour Cher Monsieur,
    Avez vous publié un livre ou un article de revue dans lequel vous développez ces choses très intéressantes que vous écrivez là ?
    Cordialement,
    P. Jacob

    Pascal Jacob

    31 juil 12 at 22:30

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A Propos de l'Auteur

Me Marcel Bersier

Avocat au Barreau de Genève
Maître Marcel Bersier est né à Genève où, après sa licence en droit (université de Genève 1979), il a obtenu le brevet d'avocat en avril 1982. Il pratique le barreau en qualité d'avocat indépendant depuis 1993. Me Bersier est le premier avocat suisse à avoir obtenu le titre de licencié en bioéthique auprès de la faculté de bioéthique de l'université vaticane Ateneo Pontificio Apostolorum à Rome. Me Bersier est membre de l'Ordre des Avocats de Genève, de la Fédération suisse des avocats, ainsi que de nombreuses associations nationales et internationales actives en droit fiscal, droit des affaires, etc. Il a participé à plusieurs panels en qualité de conférencier en Suisse et à l'étranger. Ses principaux domaines d'activité sont le droit fiscal, le droit commercial, le droit des sociétés, le droit des contrats, le droit successoral, le droit immobilier, le droit du travail et la bioéthique. Me Bersier est l'auteur de diverses publications dans le domaine du droit du travail et est directeur de publication d'un Guide pratique du droit du travail auprès d'une maison d'édition dont le siège est à Zürich. En savoir plus →
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Publié le 07/10/2010 (il y a 7 années)

Catégories:
Etude Bersier, Avocats Genève

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